كتاب عبد الكريم وجمهورية الريف- النسخة الفرنسية، للتحميل

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تقديم شارل أندري جوليان

Présentation

Après la prise du fort du mont Arruit, qui achevait la déroute espagnole d’Anoual (9 août 1921), Mohamed Ben Abd el-Krim, fils d’un cadi rural de la belliqueuse tribu des Beni Ouriaghel, instaura une République confédérée du Rif (Jumhuriya Rifiya). 

La guerre que l’émir d’Ajdir mena avec succès contre les armées espagnoles et françaises eut des conséquences, tant marocaines qu’internationales, dont il appartient à la science, avec la sécurité que présente le recul d’un demi-siècle, de déterminer la réelle portée. La géographie permet aujourd’hui de mieux dégager la personnalité d’une grande région peuplée de Berbères sédentaires attachés à leur terroir. L’histoire ne saurait ignorer, ni l’importance des moissons de la vallée de l’Ouerrha interdites par Lyautey aux Rifains, ni le mythe des fabuleuses richesses minières qui exalta les appétits des hommes d’affaires, et les esprits des montagnards. Elle est aujourd’hui mieux outillée pour relever certains synchronismes dans le mouvement global de l’Islam méditerranéen et les potentialités attachées à certaines formules politiques. 

La personnalité d’Abd el-Krim et de son frère M’Hamed appelle une connaissance du milieu familial et tribal, de la place que tinrent dans leur formation d’une part, la prise de conscience de l’aliénation imposée par le régime protecteur, notamment l’abaissement de la monarchie alaouite, qui réduisait le souverain chérifien au rôle de « sultan des Français », d’autre part, les contacts avec les Espagnols de Melilla et de Madrid, qui permirent de mesurer leurs méthodes et leurs forces réelles avec des Rifains mieux ouverts aux idées nouvelles, comme le vieil ami d’Abd el-Krim, Driss ben Saïd. Il serait intéressant, à cet effet, de comparer les interviews données par l’émir durant la guerre du Rif et après son installation en Egypte, en 1947. 

La guerre du Rif a donné lieu à une abondante littérature. Il reste cependant beaucoup à dire, sinon sur les événements, du moins sur leur interprétation, entre autres sur les conceptions techniques des Espagnols et des Français, et sur le conflit stratégique entre les militaires de Lyautey et 

l’état-major de Pétain. Il faudrait reprendre l’étude des pourparlers officieux engagés avec l’émir, ou officiels, notamment à la Conférence d’Oujda (1926) et des conditions de la reddition d’Abd el-Krim. 

L’usage que fit l’émir des ressources qu’il reçut de l’étranger et du concours des tribus s’inscrivit dans une nouvelle conception de gouvernement qui, par-delà l’organisation du front rifain (Jibha Rifiya), tendait à l’instauration d’une nation moderne d’inspiration musulmane largement ouverte aux apports de la science et de la technique occidentales. En revendiquant l’ascendance Koreichite du second calife Omar el-Khettab, Abd el-Krim el-Khettabi désormais pouvait s’affirmer comme prince des musulmans, considéré par les Rifains comme un sultan légitime. Il serait important de connaître dans quelle mesure les tribus marocaines, y compris celles soumises aux grands caïds de l’Atlas, crurent qu’il triompherait de la tutelle étrangère en se substituant au sultan alaouite. 

Les victoires rifaines frappèrent les esprits, non seulement au Maroc mais à l’étranger, notamment en France où elles amenèrent le gouvernement à mettre fin au proconsulat de Lyautey, et provoquèrent entre les communistes et les socialistes des divergences qui contribuèrent à la dislocation du bloc des gauches. Les archives anglaises et allemandes révéleront, sans doute, des interventions officieuses dont le désintéressement était la moindre vertu si l’on en juge par le zèle déployé par les milieux d’affaires. Il semble, dans une mesure qu’on n’a pas encore déterminée, que politique et finances furent alors une fois de plus intimement liées. 

Abd el-Krim, qui ne résista pas, lors de son retour d’exil, en 1947, à l’attraction de l’Orient soudainement découvert depuis Aden et à l’appel des Egyptiens lors de l’escale de Port-Saïd, reprit au Caire une activité politique. Il assuma la présidence du Comité pour la libération nationale du Maghreb. Mais, si son prestige de moujahid demeurait intact, la situation marocaine avait profondément évolué depuis la constitution de l’Istiqlal. L’affrontement des deux conceptions mériterait une étude approfondie. 

Face à la diversité et l’ampleur des problèmes posés par la question rifaine, le colloque de janvier 1973 ne se proposera pas d’en épuiser la substance. Du moins appellera-t-il à l’examen des questions fondamentales en des discussions libres, inspirées par le seul esprit de recherche. Le Comité pense que la publication des rapports et des débats apportera une contribution utile à une période historique dont l’intérêt demeure grand. 

Charles-André JULIEN

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